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Le son multicanal

Le son multicanal est le format audio le plus proche de l’écoute naturelle. Il apporte l’espace et permet l’enveloppement ainsi que l’immersion de l’auditeur. Il permet tout simplement de reproduire l’évènement, en salle de cinéma et chez soi, avec toutes les émotions fortes de la salle de concert, du stade, d’un extérieur ou du théâtre!… Le sport est notamment le facteur décisif qui a porté la télévision en haute définition avec un son 5.1. Nombreuses sont les applications du son multicanal : la télévision haute définition, le cinéma, le film sur DVD vidéo et sur les nouveaux supports HDDVD et Blu ray, le jeu vidéo (DVD, HDDVD, Blu ray), la musique et les concerts (SACD, DVD audio, DVD vidéo), la radio HD, le DAB, Internet… 

Le format le plus couramment utilisé dans le multicanal est le 5.1. Cinq enceintes entourent l’auditeur à égale distance, accompagnées d’un subwoofer qui diffuse les fréquences graves (enceintes gauche et droite frontales à +- 30 ° de la centrale et les arrières gauche et droite à +- 110° du centre, avec +- 10° de tolérance de chaque côté). Les cinq enceintes doivent être sur le même plan horizontal et identiques. Le subwoofer (.1) est disposé le plus couramment devant, proche de l’enceinte centrale, il est généralement réglé à 80 Hz mais on peut trouver des fréquences de coupure de 100 ou 120 Hz.Le système d’écoute 5.1 est assez complexe à régler. On préconise tout d’abord un niveau de travail de 85 dBC SPL en auditorium cinéma et 80 dBC SPL pour la TVHD. Mais chaque enceinte doit restituer le même niveau, la même phase, et avoir le même alignement temporel. Il est aussi nécessaire d’accorder les cinq enceintes en fréquence ainsi qu’harmoniser avec le local d’écoute qui crée des premières réflexions. Le bass management qui consiste à redéployer les basses fréquences des enceintes principales dans le subwoofer, nécessite un réglage, on peut le trouver à différents points de la chaîne (processeur de monitoring 5.1, console numérique, logiciel audio…).

Parmi les formats multicanal les plus usuels on trouve les suivants : le format quad (LRLSRS) utilisé pour la quadriphonie, le Dolby SR (LCRS matricé en Lt Rt) le premier format multicanal utilisé au cinéma et toujours actuel car c’est le format de secours pour la diffusion en salle et en TVHD, le 5.1 normé pour le DVD vidéo/home cinéma, le 6.1 (une enceinte supplémentaire centrale à l’arrière pour le cinéma), le 7.1 (le format Sony SDDS cinq enceintes frontales et deux à l’arrière, les formats 7.1 variables du HD DVD et Blu ray), le 2+2+2+2, le 10.2 (Tomlinson Holman), le 22.2 (format développé par la NHK pour accompagner le Super High Vision, format supérieur à la HD 1920*1080 pixels, Super Hi Vision = 7680*4320 pixels).

Les techniques de codage qui accompagnent le 5.1 sont le Dolby Digital et le DTS pour le DVD vidéo, le Dolby E et le Dolby Digital pour la TVHD (le Dolby E pour la production, Dolby Digital ou le He-AAC pour la diffusion vers les particuliers, ces formats permettant l’utilisation de metadata utiles pour le bon enchaînement des programmes sur une chaîne HD, une bonne gestion de la dynamique, des possibilités de downmix pour les compatibilités stéréo et mono). Le SACD et le DVD audio sont des supports prévus pour la musique en 5.1, mais on trouve de plus en plus fréquemment le DVD hybride (CD et DVD vidéo DTS ou Dolby Digital) moins coûteux à produire. Les supports HD DVD et Blu ray sont compatibles 5.1, mais sont prévus pour intégrer un son 7.1, accompagné des techniques Dolby Digital évoluées (Digital +, Digital true HD), DTS HD, DTS Master HD, PCM, DSD. On trouve des formats 5.1 compressés pour Internet notamment le mp3surround et le mpegsurround. Ils servent aujourd’hui notamment à la diffusion des radios HD 5.1.

Le 5.1 remet en question les techniques de prise de son. Principalement, l’espace, déployé autour de l’auditeur, est la notion tout à fait nouvelle dans l’écoute multicanal, c’est pourquoi on demande à un système de prise de son 5.1 d’en capter les subtilités. L’espace naît de la décorrélation interaurale, aussi un bon système doit présenter cette décorrélation avec une distance adéquate entre les microphones. Ensuite, l’autre difficulté du système est de présenter une bonne cohérence en localisation issue d’un recoupement adapté des différents secteurs spatiaux. On trouve aujourd’hui une multitude de systèmes, qui se développent parallèlement à l’évolution des formats multicanal (MMA, decca tree, OCT Surround, INA5, Soundfield, sphère Schoeps, carré Hamasaki, croix IRT…).

Le mixage 5.1 complexifie aussi le travail. Il apporte des concepts revisités autour des effets (outils de localisation, outils de spatialisation, gestion du LFE, traitement dynamique, downmixing, upmixing), des notions nouvelles autour du format (le bass management, la gestion de 6 bus) et du codage (Dolby SR, Dolby Digital, chaîne Dolby E, DTS…). D’autrepart, le mixage 5.1 a ses subtilités de rapports son à l’image, le mixeur doit trouver une cohérence entre le champ visuel déployé en frontal et le champ sonore qui s’installe tout autour de l’auditeur en gérant les principes de l’attention auditive. La réalisation artistique trouve de nouvelles possibilités dans cet espace qui peut être apprivoisé par la radio (fictions, documentaires), la télévision, la musique…

Qu’apporte le son en 5.1, quelle image sonore habille-t-il? Avant tout, le 5.1 permet l’immersion de l’auditeur, c’est à dire que nous ne regardons plus l’évènement à travers une fenêtre comme nous avons l’habitude avec la stéréo. Aussi, la stéréo n’est pas un format naturel. En multicanal, nous vivons l’évènement, entouré par le champ sonore grâce notamment aux enceintes arrières, presque comme si nous étions dans la salle de concert. Pour revivre réellement les conditions du concert ou de l’évènement sportif, il faudrait apporter d’avantage de directions sonores que celles proposées par le 5.1. C’est pourquoi on trouve des formats supérieurs comme le 7.1 qui apporte la notion de hauteur en ouvrant d’avantage l’image sonore, ou le 10.2, le 22.2 ou bien la WFS (wave field synthesis) qui reproduit à l’aide d’une couronne d’enceintes le champ sonore par le principe physique d’Huygens. Le 5.1 est aussi un outil de dynamique avec les différents degrés de localisation qu’il présente. Tout d’abord nous avons une localisation possible tout autour de nous et un vrai centre (différent du centre fantôme) qui propose une solution intéressante pour le récit, utilisé depuis longtemps au cinéma. D’autre part, les mouvements de sources sonores sont possibles, les points de vue aussi plus libres comme la zone d’écoute plus large. En effet, l’auditeur, s’il n’est pas devant une image, peut se tourner pour découvrir d’autres points de “vue” et se déplacer dans sa zone d’écoute. L’impression d’espace est nettement plus forte qu’en stéréo car l’auditeur est enveloppé. Il ressent plus d’espace, la salle acoustique ou le lieu est mieux représenté sans repliement de zones comme en stéréo où tout est entassé. Enfin, comme c’est un format plus naturel, l’intelligibilité est nettement meilleure. Le cerveau ne travaille plus autant qu’en stéréo pour reproduire une image du lieu car celle-ci se dessine naturellement dans notre représentation mentale qu’est l’image sonore.

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